Hestia
Déesse du foyer domestique et du feu de la cité
Origines
Hestia est la première née des enfants de Cronos et de Rhéa, la sœur aînée de Zeus, d’Héra, de Déméter, d’Hadès et de Poséidon. Son nom est le mot grec qui désigne le foyer, et la déesse ne se distingue guère de ce qu’elle nomme : H. J. Rose la décrit comme le foyer sacré lui-même, que de nombreux peuples ont vénéré parce qu’il est le centre naturel du culte familial.
L’Hymne homérique à Aphrodite joue sur son rang de naissance. Avalée la première par son père et rendue au jour la dernière, elle est dite à la fois l’aînée et la plus jeune des enfants de Cronos.
Attributs et symboles
Hestia est l’une des trois déesses sur lesquelles Aphrodite n’a aucun pouvoir, avec Athéna et Artémis. Poséidon et Apollon la demandèrent tous deux en mariage. Elle refusa et jura, en touchant la tête de Zeus, de rester vierge à jamais. En compensation, raconte l’hymne, Zeus lui accorda de siéger au milieu de la maison et d’y recevoir la meilleure part des offrandes, d’être honorée dans les temples de tous les dieux et tenue par les mortels pour la plus vénérable des déesses. Rose rapproche cette virginité d’un fait domestique : ce sont les filles de la maison qui entretiennent le feu.
Elle n’a ni animal ni arme, et rarement une image. Son signe est le foyer lui-même, rond et fixe, et la flamme qu’on y entretient.
Mythes principaux
Hestia n’a presque pas de mythes. Pierre Grimal l’explique par son immobilité : elle ne quitte pas l’Olympe, où elle est le centre religieux de la demeure divine comme le foyer est celui de la maison des hommes. Elle ne prend part ni aux guerres ni aux intrigues des dieux, et les poètes n’ont à peu près rien à raconter d’elle en dehors du refus opposé à ses deux prétendants.
Les deux courts Hymnes homériques qui lui sont adressés ne rapportent aucun récit. L’un l’invite à entrer dans la maison aux côtés de Zeus. L’autre rappelle qu’il n’est pas de banquet chez les mortels sans qu’on lui offre la première et la dernière libation de vin, et il l’associe à Hermès, le messager.
Jean-Pierre Vernant a pris ce couple pour point de départ d’une étude devenue classique. Hestia y représente le dedans, le point fixe à partir duquel l’espace de la maison s’organise ; Hermès, le dehors, le passage et l’échange. Les deux divinités, sans lien de parenté proche ni mythe commun, se définiraient ainsi l’une par l’autre. C’est une interprétation de chercheur, qui s’appuie sur la manière dont les Grecs les réunissaient dans les prières et les images.
Culte et postérité
Le culte d’Hestia est aussi répandu que ses mythes sont rares. Chaque maison l’honorait à son foyer, et l’Hymne à Aphrodite précise qu’elle avait sa part dans les sanctuaires de tous les dieux. La cité avait elle aussi son foyer. Rose rappelle que, dans une petite communauté ancienne où le feu est difficile à produire, celui du roi ou du chef sert à tous, pour les besoins pratiques comme pour les rites : le foyer public des cités grecques prolonge cet usage.
Hestia figure dans certaines listes des douze grands dieux, mais elle n’a jamais eu en Grèce l’importance officielle de sa correspondante romaine. Rose tient l’équivalence entre Hestia et Vesta pour l’une des rares qui soient pleinement justifiées, les deux noms et les deux fonctions se répondant. La différence est dans l’institution : Rome confia le feu de Vesta à un collège de prêtresses, les Vestales, ce que la Grèce n’a pas connu sous cette forme.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Vesta — Déesse du foyer et du feu sacré de Rome (Mythologie romaine)